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Nouveau - Les prémices, dans la série les Exilés de L'Arcange

PICT2100Le café des années 30, peut-être celui de  Pierrette Malfeu à Floréal dans le Gers, en Gascogne.

 

Les prémices,dans la série, les Exilés de l'Arcange

Auteur : Michel ZORDAN
ISBN 978-2-9532863-2-8 

 

 

 

 

Voici le troisième volet de la saga des Montazini. Rassurez-vous, tout en résumant la situation, c’est une nouvelle narration qui commence: Les Prémices.

Même si vous n’avez pas lu le titre 1, les Raisons de l’Exil et le 2,  L'insolence du sort, vous pourrez  parfaitement suivre ce troisième volet  de la saga. Les tomes 1, et 2  toujours disponibles sur www.unauteur.com.

 


les-premices-copie-1.jpgNous sommes en 1933...Depuis janvier Adolf Hitler et le parti nazi  sont au pouvoir en Allemagne...

 

Extrait chapitre 4 - Mon père avait proposé aux métayers du château Tourne Pique, ainsi qu’à quelques autres voisins, d’effectuer les labours d’automne avec notre Hercule. La plupart refusèrent. Avec l’orage de grêle qui avait détruit toutes les vignes, il n’y aurait pas de vendange cette année, gagner du temps ne servait donc plus à rien. 

 

Mais il y avait une autre raison à cela : le machinisme et le modernisme qui se profilaient inquiétaient profondément la plupart des paysans. Ils savaient au fond d’eux que ces machines modifieraient à tout jamais leur rapport avec un élément essentiel de leur vie, la terre. Avec les attelages de bœufs, de vaches, ou de chevaux, le contact avec celle qu’ils sentaient vivre, et qui les faisait vivre depuis toujours, était presque charnel. Cette terre faisait partie de leur vie, de leur naissance jusqu’à leur mort ; ils pouvaient la toucher, lui parler, tout se passait en douceur, avec du respect… Pour leur dernier repos, c’est encore elle qui veillerait sur eux. Sans elle, ils n’étaient rien, tout partait d’elle. Le paysan cultivait et la terre procréait, pour le nourrir lui, sa famille et les bêtes qui l’aidaient dans son travail. Et puis, à la fin, leurs poussières se mêleraient aux autres poussières dans un éternel recommencement. Cet échange tacite faisait partie de leur vie, depuis la nuit des temps. C’était une simple boucle, mais une boucle qui fonctionnait parfaitement.

 

Avec le tracteur, ce contact n’existerait plus, la boucle serait brisée. C’était la rupture assurée, ils perdraient une part d’eux-mêmes, une part qui ne les avait jamais trahis. Avec les machines modernes, la terre ne serait plus qu’une simple matière exploitable, tout juste bonne à produire. Les roues de fer la martyriseraient, d’un geste sec les socs d’acier s’enfonceraient de force au plus profond de ses entrailles, brutalement, comme pour la souiller, avec le seul souci de l’obliger à donner toujours plus. Il n’y aurait plus de respect.
Comment réagirait-elle ?

 

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Extrait chapitre 1- Ce 14 juillet, comme tous les ans, c’était la fête à Floréal : jeux sur la place, distribution de punch, et même… un bal.

Dès cinq heures, l’estomac bien calé, nous flânions déjà sur la place ronde. Sous les platanes, les grands jouaient aux quilles, les petits se poursuivaient en piaillant. Je proposai à ma blondinette un rafraîchissement. La terrasse du café de Pierrette Malfeu étant pleine à craquer, Amandine me prit par la main et m’entraina vers l’intérieur.

– Tu me feras danser ce soir?

– Danser ? Mais je ne sais pas danser moi !

– Je t’apprendrai, tu verras, c’est facile !

– Mais d’abord, comment sais-tu danser toi ?

– C’est maman qui m’a appris !

Avant que je puisse lui demander de préciser les circonstances, un gros nuage noir obscurcit notre horizon. Devant nous se tenait Etiennette avec ses tresses brunes. Je ne trouvais pas son nez si long que ça, ni même ses fesses si grosses, peut-être un peu potelées, mais pas si grosses. Ignorant complètement ma blondinette, la brunette me fixa,  un air de défit dans les yeux.

– Bonjour Sylvio, j’espère que tu n’as pas oublié ! Tu as promis de me faire danser. 

Je n’avais, bien sur, jamais promis quoi que se soit, c’était encore un coup tordu de la chipie. Sans attendre ma réponse elle nous tourna le dos, comme pour repartir, mais... Elle fit quelques pas, puis pirouetta.

– Je croyais que tu t’étais débarrassé de l’analphabète. Tu sais, tu n’es pas obligé de te la traîner partout !

En moins de trois secondes, le visage d’Amandine passa de la stupéfaction, à l’indignation puis… à la colère. Avant que je puisse intervenir, elle se leva et se jeta sur la brunette, la tirant par les tresses et la faisant chuter. Devant les clients médusés, les deux fillettes se livraient maintenant à une lutte acharnée à même le sol. Pugnace, ma blondinette pris rapidement le dessus, et les manches du chemisier de la brunette ne résistèrent pas longtemps. J’étais tellement surpris par la situation que j’en restai coi, sans réaction.

C’est Pierrette Malfeu, la patronne qui mit un terme à la bagarre.  

– Qu’est-ce que c’est que ce bazar ? Si à vos âges, vous vous battez déjà pour un garçon, vous n’êtes pas sorties de l’auberge !

A peine debout, la brunette, manches défaites et tresses en désordre, tourna les talons et partit, en chouinant, vers la sortie.

Ma blondinette, elle, se calma d’un coup. Elle épousseta son bras et le côté de sa robe, remit un peu d’ordre dans ses cheveux et se rassit presque comme si de rien n’était. Ses yeux bleus étaient juste un peu plus brillants.


 


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Littérature - L'auteur présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.