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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

02 Jan

Gaillard de La Popie, Seigneur de Saint-Cirq

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Littérature, #roman

Gaillard-de-saint-Cirq1.jpgExtrait : Reprenant notre périple  dans la neige, une question me vint à l’esprit : et si nous étions attaqués par un loup ?  Comme cela s’était passé à Saint-Cirq, quelques années auparavant.   Altiq saurait-il nous défendre ?  Il valait mieux me sortir cette idée de la tête, le froid venait juste d’arriver.  Les loups étaient bien loin d’ici, dans la forêt, ou même les montagnes.  Longeant un talus assez abrupt, c’est en me retournant que je le vis.

 

  Altiq, regarde derrière, un cavalier, il marche sur nos traces, il va bientôt nous rattraper.

 

L’homme n’était plus qu’à une centaine de pas, avançant sur nous à bonne allure.  Lorsqu’il comprit que nous l’avions repéré,  le malandrin força plus encore son destrier.

 

  Je vais m’occuper de lui. Il pense avoir à faire à des gnomes, dans sa tête c’est déjà gagné. Dès qu’il sera près de nous,  tu descendras sur tes fesses jusqu’en bas. Tiens, occupes-toi du baluchon.

 

Le cavalier arrivait vers nous,  épée en main. Sans hésiter, sans prononcer le moindre mot, il fonça sur Altiq dans l’intention bien évidente de l’occire.  Moi j’étais déjà tout en bas.  Mon compagnon avait un avantage, sa petite taille et sa souplesse malgré sa jambe raide.  D’un coup de rein, il esquiva, passant sous le destrier. Retirant sa dague du fourreau, il piqua le ventre de la bête. Celle-ci se cabra, glissant sur la neige, dévalant le talus sur le flanc. Surprit le cavalier se retrouva coincé sous sa monture, hurlant de douleur.  Altiq ne perdit pas un instant.  À son tour il déboula  du talus,  arrivant au-dessus du malandrin,  à califourchon sur son cou.  Dans le même geste il emprisonna sa tête entre ses puissants bras et accompli un quart de tour vers la droite. Le geste fût net,  précis, efficace. Je détournai les yeux, un crac lugubre se fit entendre, les cris cessèrent.  Le gredin ne souffrait déjà plus, il avait regagné son éternité.  Je me rappelai alors les mots de mon compagnon lors de mon arrivé : – On m’appelle Altiq la terreur.  Je n’y avais pas cru  et pourtant… Tout s’était passé très, très rapidement.  Saisissant la bride,  Altiq parvint à faire se redresser le destrier. L’animal paraissait indemne.  Je fixai la scène, sans pouvoir prononcer le moindre mot. C’était la première fois que je voyais un homme se faire occire. 

 

– Viens Gaillard, celui-là ne nous gênera plus, mais  inutile de s’attarder ici.  Maintenant,  nous allons voyager à cheval, faut juste que tu me fasses la courte échelle.

 

Je n’avais pas encore vraiment réalisé ce qui venait de se produire.  Le petit bonhomme boitillant s’était comporté en guerrier, faisant preuve d’une dextérité et d’un sang-froid extraordinaire. Nul doute que si nous étions attaqués par des loups, il saurait faire face.  Une question me venait à l’esprit : qui avait mis ce malandrin sur notre piste ?  Je ne voyais personne d’autre que le curé ou Bonette,  sa bonne.

 

– Dis-moi Altiq,  tu crois que c’est le curé qui nous a trahis ?

 

  Va savoir mon ami,  peut-être ou peut-être pas. De toute façon ça n’a plus d’importance. Il va juste falloir nous éloigner très rapidement de cette contrée.  Le destrier va nous y aider,   nous n’avons pas à perdre de temps. 

 

Une fois en selle,  Altiq me tira vers le haut sans le moindre effort, et nous partîmes.  À deux nous égalions à peine le poids d’un adulte, et notre monture avançait bien.  En début d’après-midi, le soleil fit son apparition,  le manteau neigeux se mit à fondre.  Nos traces disparaissaient, une bonne chose pour nous.  Puis de l’autre côté de la rivière nous aperçûmes un château accroché à la falaise. Ça ressemblait bien à  notre château de Saint-Cirq, mais ce n’était pas lui. Depuis que nous suivions la vallée de la Dordogne,  nous en avions aperçus plusieurs ressemblant au mien, accrochés à même la roche, dominant les villages.

 

   Regarde, il y a un bac pour traverser ! Après ce qui s’est passé l’autre rive sera plus sûre pour nous.  Je pense que la robe va nous servir. Tu vas monter sur mes épaules et l’enfiler et nous ne ferons plus qu’un.

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