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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

21 Dec

Le tueur à l'épieu

Publié par Michel Zordan

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L’arrivée du TGV en gare de La Domme, petite ville côtière du sud-ouest de la France est prévue pour 13 heures 35. Nous sommes déjà dans le golfe de Gascogne, et la météo annonce un gros coup de vent pour la nuit prochaine. Elle annonce même une tempête, mais bon, j’arrive enfin chez moi, et ça, c’est le principal.

Mon papa, Artizar Saratxaga, charpentier, aujourd’hui à la retraite est un ancien pompier volontaire. Gisèle, ma maman, est une femme au foyer. Ma jeune sœur Maïtena, mes deux frères, Patrick et Philippe, et leur famille n’arriveront que samedi matin, 1er de l’an 2000. Plus de deux ans sans les voir, j’ai hâte.

Je me présente, Tristan Saratxaga, 33 ans, envoyé spécial, correspondant de guerre pour une grande chaîne de télévision, Télé 1re pour ne pas la citer. Tout jeune journaliste, je débute ma carrière en 1991, en couvrant, en compagnie d’un reporter plus aguerri, le conflit Koweït-Irak, très bonne entrée en la matière. Durant ces derniers mois, j’ai couvert la guerre du Kosovo, elle a commencé fin février 1998, et s’est achevée le 11 juin 1999. Ma chaîne m’a ensuite envoyé couvrir le conflit d’Ituri au Congo. Je suis resté en place jusqu’à la mi-décembre.

Les horreurs de la guerre, je les ai commentés, photographié et filmé en direct, et seules les personnes qui les ont directement vécus peuvent en parler sérieusement. Aujourd’hui, j’ai vraiment besoin de faire une pause.

Hier dimanche 26 décembre 1999, la tempête Lothar bousculait la France entière, mais plus particulièrement le nord. Comme souvent mon Sud-ouest a été un peu épargné. Aujourd’hui lundi 27 décembre 1999, je rentre enfin chez moi, chez mes parents, à La Domme, pour y passer les fêtes de fin d’année, et des vacances bien méritées. Le passage à l’an 2000, ce n'est pas rien.

Il est 13 heures 30, lorsque le TGV entre en gare de La Domme. Papa, et maman sont là à m’attendre sur le quai. Juste quelques mots, mais longues embrassades, petites émotions pour maman qui ne peut retenir quelques larmes. Moins d’une demi-heure plus tard, je suis dans leur maison, 7 rue Clémenceau. C’est la maison qui a vu toute mon enfance. Il y a plus d’un an que je n’y suis pas revenu. Ils l’ont quelque peu modifié, en l’agrémentant d’une magnifique véranda. Mais c’est toujours la même, et j’y ai toujours ma chambre. Ils m’ont attendu pour déjeuner. Tranquillement, nous discutons de chose et d’autres, de choses sans trop d’importance. Ils ne me questionnent jamais sur les conflits que j’ai couverts, sur les horreurs que j’ai pu voir.

Maman, et papa souhaiteraient me voir marier, avec des enfants, comme mes frères et ma sœur, mais pour l’instant mon travail ne me le permet pas. Et comme le dit si bien maman, je n’ai pas encore trouvé chaussure à mon pied.

Apparemment la tempête s’aggrave, c’est du sérieux. Vers 17 heures les anciens collègues de papa à la caserne, l’appellent à la rescousse. Avec maman, bien au chaud dans la véranda, nous regardons par la baie vitrée, la nuit, et la tempête qui s’installent. Dehors ça vente de plus en plus, les éléments se déchaînent.

18 heures 30, coupure d’électricité, et de téléphone. Maman a tout prévu et sort trois lampes à pétrole, et quelques bougies. Depuis plus d’une heure, nous parvient du lointain un concerto de sirènes de pompiers, de gendarmerie et d'ambulances. Tous sont sur le pont.

Il est presque 23 heures, maman et moi, sommes toujours assis dans la véranda. C’est un véritable ouragan qui s’abat sur la ville, et très certainement sur toute la région. Mon téléphone, mon portable sonne, c’est papa. Je suis équipé d’un téléphone satellitaire, grâce aux satellites de communication, partout sur la planète je peux joindre un poste fixe, ou même un autre portable. Tout le monde peut également me joindre. Ils sont submergés, et tous les pompiers sont déjà sur le front. Il me demande si je peux venir jusqu’à la caserne donner un coup de main. Pas pour sortir en intervention, mais pour prendre les appels au standard, pour rester sur place, pour éviter que la caserne ne se retrouve sans plus personne. Je ne veux pas laisser maman seule, mais elle anticipe sur ma réaction.

– Il arrive Artizar, il prend son manteau et il arrive !

Pas question de prendre la voiture de maman, mais je suis un habitué des champs de bataille, je vais m’y rendre à pied. Je suis né ici, la caserne est à peine à un km, l’affaire d’une dizaine de minutes.

Maman me donne simplement quelques petits conseils.

– Fais attention mon petit, ne passe surtout pas sous les arbres, et s’il y a des poteaux et des fils à terre, ne t’en approche surtout pas !

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