Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

19 Nov

L'assassin de Lothaire Amaury

Publié par Michel Zordan

– Bonjour Madame, Général de Lombre à l’appareil, je vous écoute !

– Garance de Beauséjour, je souhaiterais vous rencontrer toute affaire cessante Général, pour un cas d’une extrême importance et qui ne peut attendre ! C’est un ami qui m’a transmis vos coordonnées…

La voix est hautaine, mais pas véritablement dédaigneuse ou désobligeante. Cette Garance de Beauséjour est une personne qui a l’habitude de commander, ça c’est certain. Elle doit-être riche, sans doute très riche même. J’ai toutefois senti sur la fin, comme un soupçon d’angoisse.

Peut-être est-elle aux abois ? Pas plus de trente, trente-cinq ans, certainement très belle. Il y a sans aucun doute de l’argent à se faire avec cette dame. De l’argent et peut-être même autre chose !

– Chère Madame Garance de Beauséjour, mes journées sont très occupées, mais je vais faire en sorte de me libérer, pour vous. Disons demain soir à mon hôtel, le Palace. Je serais disponible à partir de 8 heures du soir, nous dînerons, et vous pourrez ainsi m’expliquer !

– Parfait Général, demain soir 8 heures au Palace, je vous remercie pour votre sollicitude.

------------------

Je me présente, Général de Lombre, vous l’aurez compris, c’est un alias, mon véritable patronyme, c’est Lefebvre, Clément Lefebvre. Je suis un enfant né à Paris, dans le 13° arrondissement, d’un père notaire, et d’une mère, femme au foyer. Malheureusement tous deux sont morts prématurément de cette saleté de grippe espagnole. J’ai eu une enfance heureuse, à l’école, et même si je n’étais pas un cancre, contrairement à mon grand frère, les études ne m'intéressaient pas vraiment. J’étais le petit dernier, arrivée tardivement dans le foyer Lefebvre, alors mes parents me laissaient faire un peu ce que je voulais. Et moi, ce que je voulais, c’est vadrouiller un peu partout. Aujourd’hui je connais Paris comme ma poche. À 16 ans, après mon brevet réussi d’extrême justesse, j’ai quitté l’école, et j’ai fait des petits boulots, mais rien de très enrichissant. C’est mon grand frère Bastien qui a repris l’étude. J’ai eu 20 ans en juin 1914, quelques semaines avant que cette saloperie de guerre nous tombe dessus. J’ai été incorporé en juillet de cette même année, mais j’ai eu beaucoup de chance. Je ne suis bien sûr pas Général, et même si j’ai cinq années de paquetage, à la fin de mes obligations militaires, en août 1919, mon véritable grade n’était que sergent. Cinq années de planque passée au Conseil supérieur de la défense nationale, avenue Montaigne à Paris. Je dois ce piston à une gentille dame de 30 ans, jeune épouse d’un vieux colonel, véritable héros lui, qui a passé cinq années à faire la guerre. En décembre 1918, celui-ci est revenu à la maison, et notre relation a cessé. Quelques semaines plus tard, ce héros a été promu général.

Mon boulot actuel, détective privé, mais pour les riches, et même les très riches !

Ça m’est tombé dessus, il y a quelques années, en septembre 1917, alors que j’avais pour mission de veiller au bon déroulement du séjour d’un prince Égyptien à l’hôtel Intercontinental à Paris. Mon rôle se résumait, et consistait à prendre place sur une chaise, devant la porte d’entrée de la suite princière. Pour passer le temps, je lisais des romans policiers, Arthur Coran Doyle, avec les aventures de Sherlock Holmes, et Gaston Leroux, étaient mes lectures préférées. Mais peut-être m’ont-elles influencé, ou influencés mes premiers clients !

Ce prince, dont je ne vous donnerais pas le patronyme, recevait très régulièrement, ça veut dire tous les jours, la visite d’une très riche Américaine, qui restera également anonyme. Elle résidait au Grand Hôtel. Au matin du quatrième jour, alors que la dame était arrivée quelques minutes plus tôt, le prince demanda à me voir. Gentiment, et un peu confusément, mal à l’aise même, il m’expliqua que la dame en question, celle qui venait régulièrement lui rendre visite, s’était fait voler des bijoux. Beaucoup de bijoux, alors que ceux-ci étaient enfermés dans le coffre-fort de sa suite au Grand Hôtel. Il ne souhaitait bien sûr pas mettre la police Parisienne sur cette affaire, qui, je ne sais trop pourquoi devait absolument rester secrète. J’en fus assez étonné, mais il me demanda ni plus, ni moins, que de prendre l’enquête à mon compte. Sans trop en connaître la raison, j’acceptais et assez rapidement je retrouvais le voleur qui n’était autre qu’un domestique du Grand Hôtel. Autre détail qui a son importance, le prince me demanda de lui livrer le coupable, et son butin, ce que je fis sans poser la moindre question.

Je repris ensuite mon poste, et à son départ de l’hôtel, le prince me gratifia d’un sublime cadeau. Un scarabée d’or, surmonté d’un superbe diamant. Avec le cadeau, le prince me remit une lettre qui me permettrait de le revendre, si le besoin s’en faisait sentir, et sans que l’on puisse me soupçonner de l’avoir volé. Je ne revis jamais le coupable ressortir, mais peut-être occupait-il l’une des nombreuses malles déménagées lors du départ.

Quelques semaines plus tard, début novembre 1917, j’eus la visite d’un russe, un duc, directement à mon travail, au Conseil supérieur de la défense nationale, avenue Montaigne à Paris. L’homme devait avoir le bras assez long, et même très long, puisque mon capitaine nous laissa en tête à tête dans son bureau. Dans un français assez convenable, mais avec un accent Russe à couper au couteau, celui-ci m’expliqua qu’il avait besoin de moi, pour retrouver la trace de deux hommes, deux Russes. Deux Russes auxquels il avait confié en Russie, des éléments importants, quelques semaines seulement avant la révolution d’Octobre Rouge, dans le but de leur rapatriement en France, à Paris. Je compris rapidement que l’homme ne souhaitait pas trop se confier sur ces éléments importants. J'insistais alors, lui affirmant que tout ce qu’il pourrait me dire resterait dans mon cerveau, mais m’aiderait très certainement à retrouver les deux individus en question. Au fil de notre conversation, le duc pris confiance, il s’ouvrit et me confia que les éléments en question consistaient en malles et coffres contenant un véritable trésor. Plusieurs centaines de milliers de pièces d’or, appartenant à la famille impériale Russe, les Romanov. Mais pas que, les malles et les coffres contenaient également une énorme quantité de documents ultrasecrets qui ne devaient en aucun cas tomber entre les mains des révolutionnaires Bolchéviques.

Le duc avait bien la confirmation que les deux hommes en question, et le riche butin étaient bien parvenus à Paris. Mais après un premier contact manqué, ils avaient disparu. Lui non plus ne souhaitait pas que cette affaire s’ébruite, alors pas question d’avertir les autorités. J’acceptais sans même savoir comment j’allais m’y prendre. Mais l’idée même que cet homme se soit confié à moi, et compte sur ma personne pour retrouver le trésor des Romanov me galvanisait, et me donnait une confiance peut être légèrement excessive. Très certainement avait-il appris pour les bijoux de la riche américaine ! Dans la mission qu’il m’avait confiée, le duc avait insisté sur un point, je devais retrouver les deux traîtres, Nikolaï et Vassili Ivanenko, et le magot ne serait sans doute plus très loin. Mais surtout, je ne devais rien tenter. Juste une adresse, et seulement une adresse. Il se chargerait de la suite des opérations. Je ne devais en outre, communiquer l’information qu’a lui, et à personne d’autre. Il avait parlé de récompense, mais sans préciser de chiffre. Il m’avait juste laissé entendre que le montant serait à la hauteur du service rendu. Je n’avais pas insisté, je savais que même quelques pièces d’or seraient les bienvenus.

Mon capitaine me donna carte blanche, et une permission illimitée. Il me donna également l’autorisation de conserver mon arme d’ordonnance, un révolver à barillet à 6 coups, modèle 1892.

 

 

à télécharger gratuitement chez KOBO - L'assassin de Lothaire Amaury eBook de michel zordan - 1230005275434 | Rakuten Kobo France

Commenter cet article

Archives

À propos

Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.