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04 Jul

l'héritière aux deux royaumes

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Michel Zordan, #Un auteur du Sud Ouest, #Centrafrique, #Bangui, #L'héritière aux deux royaumes

l'héritière aux deux royaume

Cette histoire trouve sa genèse en France, et dans la Centrafrique de Jean-Bedel Bokassa vers la fin des années 60. Extrait - La première quinzaine se passa tranquillement, six jours par semaine, je partais le matin, pour revenir le soir. Au camp du Kassaï, rien à signaler non plus, les soldats français n’avaient toujours aucun contact avec les soldats centrafricains. Je me posais de plus en plus d’interrogations concernant notre présence à Bangui, mais à aucun moment je n’envisageais de poser de question au commandant Ferral.

En rentrant ce soir-là, j’aperçus, réunis devant nos baraquements, tous les hommes « au garde à vous », sous les ordres de l’adjudant-chef Barlowski.

– Vous tombez bien, Pradère, rejoignez les rangs, le commandant souhaite vous faire un petit discours.

Moins de trois minutes plus tard, le commandant Ferral apparut.

– Repos soldats. Ce n’est pourtant pas faute de vous avoir prévenu dès notre arrivée. Malheureusement pour certains d’entre vous, la testostérone fait office de neurones et ici ça se paye comptant. C’est inadmissible, dès que vous n’êtes plus sous contrôle, votre cerveau joue du bilboquet. Je comprends fort bien que vous ayez des besoins, vous êtes en pleine forme et ici, la tentation est partout, autour du camp, et en ville. Vous voulez vous taper des putes, pas de problème, elles sont belles, jeunes et ce n’est pas cher. Mais bordel, je vous le répète encore une fois, foutez des capotes. Elles sont distribuées gratuitement au foyer, vous pouvez quand même faire l’effort de les enfiler. Mais non, c’est trop vous demander et bien sûr, en moins de quinze jours ce sont déjà les premières « chaudes pisses ». Vous êtes déjà quatre à vous être fait piéger. Comme je souhaite que chacun d’entre vous puisse comprendre, vous allez assister à l’intervention chirurgicale. J’ai demandé à l’adjudant-chef Barlowski de faire quatre groupes, vous serez en petit comité et vous profiterez pleinement du spectacle.

Moins d’une heure plus tard, je me retrouvai avec une dizaine de mes compagnons à l’infirmerie du camp. C’est un aspirant centrafricain, Charles Doubane, futur médecin qui officiait. L’un des quatre soldats ayant été infectés était nu, debout devant une table d’opération. Son membre avec l’extrémité étonnamment gonflée, presque décalotté, bien en évidence posé sur celle-ci. Charles Doubane nous expliqua en quelques mots comment cet homme avait contracté la gonorrhée ou blennorragie. Cette maladie sexuellement transmissible (MST) communément appelée « chaude pisse » ou encore « Chtouille » figurait parmi les maladies infectieuses les plus courantes.

– C’est très facile de vous éviter ce désagrément, mais il n’existe qu’un moyen, la capote. Pour l’opération, nous avons l’habitude de procéder sans anesthésie, c’est un peu douloureux, mais on s’en souvient et ça peut servir de leçon.

Sans attendre, un infirmier fit s’allonger le malade sur la table, il se saisit du membre atteint et le décalotta complètement. Un gland rougeâtre, anormalement gonflé et purulent, apparut. À lui seul il était presque aussi long et bien plus gros que le reste du sexe. Charles Doubane invita deux d’entre nous à maintenir les bras du patient, puis deux autres les jambes. Il s’approcha, l’infirmier maintenait le mieux possible le sexe infecté. Sans hésitation le toubib se saisit d’un petit instrument chromé, mince et allongé. Il l’introduisit dans l’orifice de la verge partiellement obstrué, l’enfonçant de un, peut-être même deux ou trois centimètres. Puis poussant sur un petit levier, un liquide jaunâtre gicla aussitôt. Charles Doubane nous expliqua qu’en poussant sur le petit levier, trois petites lames s’étaient libérées à l’extrémité de l’appareil, perforant l’abcès qui s’était formé. Le visage du malade alternait du rouge au violet, mais pas un son ne sortait de sa bouche. C’était un 2e REP et se plaindre n’était pas dans la culture des légionnaires. Le médecin manipula les chairs entaillées, jusqu’à expulsion totale du pus. Les yeux du malade sortaient presque de leur orbite, les dents serrées, tous muscles tendus, il résistait bien. Derrière nous, à deux ou trois mètres à peine je venais d’apercevoir le commandant Ferral, je pense qu’il était très satisfait de cette démonstration. Demain, les capotes partiraient comme des petits pains. Après avoir désinfecté, le médecin demanda à l’infirmier de faire un pansement.

– Voilà, c’est terminé pour celui-ci, nous allons passer à son camarade. Ceux qui souhaitent assister à la deuxième séance sont les bienvenus.

Personne ne profita de l’offre. Le malade se leva, vacilla sur ses jambes, mais deux compagnons d’armes le maintenaient toujours fermement.

– Alors Pradère, j’espère que vous avez compris.

– C’est sûr, mon commandant, tout le monde à compris, il va falloir acheter des capotes supplémentaires.

– Ne faites pas le malin, Pradère, avant la fin de notre séjour ici, vous serez encore au moins une quinzaine à subir cette boucherie.

Le lundi 17 mars alors que je m’apprêtais à monter dans la jeep Hotchkiss, le commandant Ferral arriva vers moi, un ceinturon avec étuis de pistolet à la main.

– Pradère, attendez quelques secondes, j’ai à vous parler ! Je viens de recevoir un appel de Sœur Annette, la directrice du collège. Cette nuit une jeune fille c’est réfugiée dans son école. Elle a été amenée par deux femmes qui sont aussitôt reparties. D’après ce que j’ai pu comprendre, elle fuit un homme qui veut l’obliger à devenir son épouse.

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Littérature - L'auteur présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.