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29 Jul

des nems sauce grabuge

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Un auteur du Sud Ouest, #Michel Zordan, #le net au pré

des nems sauce grabuge

La force des a priori est une lacune à la portée de tous. Alors ne me jugez pas trop vite. Devant moi se tient un chinois à lunette, petit, l’œil perfide, et insidieux. Son sourire sournois, fourbe et tortueux ne me dit rien qui vaille. Il est l’image même de la caricature du chinois telle qu’on peut le décrire dans nos campagnes (et pas que dans nos campagnes.) Costume traditionnel et col Mao en prime.

L’homme m’annonce très ouvertement que son intention est de me rouler dans la farine. Mais il parle toujours très posément, sans même hausser la voix. Son ton est condescendant. Son arrogance, sa perfidie débordent, à un point tel, que sa transpiration inonde son col Mao.

Monsieur Beaumont, durant des siècles notre pays à souffert de l’ingratitude des occidentaux et de ces chiens de Japonais. Les coréens du Sud sont pires encore, ils cirent les bottes de ces mécréants d’américains. Jusque dans les années 80, nous étions considérés comme un petit peuple, mais tout cela est bien fini. Aujourd’hui nous sommes en train de devenir les maitres du Monde. Regardez ce que nous avons réalisé en Afrique. En Grèce, nous avons presque tout racheté, et pour presque rien ; en Italie, en Espagne et au Portugal c’est la même chose ; et en plus on nous remercie et on nous fait des courbettes. Avant, les courbettes c’étaient nous, et bien maintenant, vous savez mieux vous y prendre. Avant, nous avions les courbettes et vous l’argent et les technologies, et maintenant c’est tout le contraire. Ça fait du bien les courbettes, ça renforce les muscles du dos, mais il va falloir vous baisser plus encore. En France, on va se gaver, parce que vous n’avez pas encore comprit que le Monde avait changé. Au début du 20ème siècle vous étiez sûrement l’un des pays des plus puissant de cette planète. Dans la tête, monsieur Beaumont, vous en êtes restés à cette époque. Vous pensez toujours que nous, les chinois sommes vos esclaves, prêts à tout pour fabriquer à petits prix les produits que vous consommez compulsivement. Vous êtes dans l’erreur, mais vous persistez avec obstination. De notre part c’est juste une stratégie pour vous réduire à néant. Par contre, nous avons nos esclaves, dans des pays ou les dirigeants sont encore moins regardant que chez nous. Ils les entassent par dizaine de milliers, pour fabriquer des produits que vos marques de luxe exhibent dans leurs vitrines. Un malade, un mort est immédiatement remplacé, ils sont des millions à attendre une place dans ces camps. Nous appellerons cela, l’esclavagisme volontaire. Monsieur Beaumont, on va tous vous niquer, vous les français, les américains et tous les autres. Tous les pays qui pensent que la démocratie est la bonne solution sont en train de s’écrouler. Chez nous, ce sont les plus malins qui tirent leur épingle du jeu. Petit à petit, les plus malins contrôlent tout, et la croissance est de 7 à 8 % par an. Chez nous pas de lutte intestine qui déchire le pays en deux et même en trois. Chez nous, le Parti décide de la politique du pays, et le peuple travaille, sans avoir à se poser de question. Chez nous lorsqu’il y a des opposants à la politique menée par le parti, nous les éliminons. Chez vous, il y a toujours une élection qui divise, comment voulez-vous avancer ! Chez nous monsieur Beaumont, il n’y a pas de syndicats. Chez vous, ils représentent à peine deux à trois % des travailleurs, mais ils font la loi dans les entreprises. Et les entreprises c’est le cœur d’un pays. Regardez ce que vos dirigeants sont en train d’imposer à votre pays ! Un exemple : un très grand nombre de magasins souhaitent ouvrir le dimanche et même la nuit et les employés sont d’accords. Mais les syndicats disent non, et votre chômage augmente. Votre « baraque » est en train de sombrer et vous vous acharnez plus encore dans l’absurde. Dans tous les pays où nous avons fait de gros investissements, nos premières actions ont été de mettre en place nos propres syndicats. Je vous cite en exemple le port du Pirée, nous l’avons racheté pour presque rien et nous en sommes les maîtres absolus. Notre syndicat majoritaire et seul syndicat autorisé a décidé que le temps minimum de travail journalier passerait de six à douze heures. Les gens se battent pour venir y travailler, pourtant le salaire de base a été divisé par deux. En moins de deux ans ce port est redevenu très, très rentable. Monsieur Beaumont, vous nivelez par le bas, c’est une hérésie. Un pays a besoin d’idées qui génèrent de l’argent, beaucoup d’argent pour avancer. Ce sont ceux qui ont les idées qui font de l’argent qui doivent être mis en avant. Les autres suivent s’ils le peuvent ! Chez nous, le Parti a préparé le terrain depuis longtemps et petit à petit une sélection s’est dessinée : les seigneurs et… les esclaves. Les droits de l’homme et du citoyen, parlons-en. Vous mettez sur le même plan, ceux qui veulent avancer, et ceux se laissent traîner : une absurdité qui ne pardonne pas. La France représente à peine un pour cent de la population mondiale, et vous prétendez vouloir imposer au reste du Monde (99%) votre vision utopique des choses: hérésie totale. Vous allez vous faire croquer à la sauce moutarde. Vous l’avez inventé et elle n’est même plus fabriquée chez vous, ça devrait vous éclairer et pourtant vous persistez dans vos erreurs… Autre erreur fatale, vous mettez sur un pied d’estale vos artistes, vos sportifs, même les plus médiocres et vous méprisez vos acteurs économiques. Vous méprisez vos chefs d’entreprises, alors qu’ils représentent la véritable solution pour l’avenir de vos nations. De la cigale et la fourmi, vous avez choisi la cigale : inimaginable ! C’est une forme de suicide…. Heureusement nous sommes là, pour vous reprendre en main. Du travail vous en aurez, mais vous aurez beaucoup moins de temps libre pour dépensez votre argent. Qu’à cela ne tienne, de l’argent vous n’en aurez plus beaucoup. Dès que le moment sera venu, nous vous distribuerons un petit lexique, juste deux à trois petites pages, avec la recette infaillible pour remonter votre pays : travail, travail, travail et encore travail. Vous voyez, pas beaucoup de place pour les loisirs. De toute façon à quoi serviraient des loisirs, si vous n’avez pas d’argent à dépenser. Faut quand même pas rêver, on va vous proposer du travail, vous n’auriez pas en plus l’outrecuidance de réclamer un salaire.

Le discours de Xiong Li est hallucinant. J’ai l’amère impression d’être un Mowgli face à Kaa le python hypnotiseur dans le Livre de la Jungle. Le chinois à lunette a décidé de voler mon âme, et en plus, il se fout ouvertement de moi. Je dois prendre sur moi et réagir. Mais je dois aussi en savoir plus.

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Littérature - L'auteur présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.